LA VIE ANTERIEURE de Charles BAUDELAIRE

05:58, 04/27,2007
J'ai longtemps habité sous de vastes portiques Que les soleils marins teignaient de mille feux, Et que leurs grands piliers, droits et majestueux, Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques. Les houles, en roulant les images des cieux, Mêlaient d'une façon solennelle et mystique Les tout-puissants accords de leur riche musique Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux. C'est là que j'ai vécu dans les voluptés calmes, Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs Et des esclaves nus, tout imprégnés d'odeurs, Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes, Et dont l'unique soin était d'approfondir Le secret douloureux qui me faisait languir. Charles Baudelaire (1821-1867)

 

ERYTHRéA de Gérard de NERVAL

23:29, 04/25,2007
Érythréa Colonne de Saphir, d'arabesques brodée - Reparais ! - Les Ramiers pleurent cherchant leur nid : Et, de ton pied d'azur à ton front de granit Se déroule à longs plis la pourpre de Judée ! Si tu vois Bénarès sur son fleuve accoudée Prends ton arc et revifts ton corset d'or bruni : Car voici le Vautour, volant sur Patani, Et de papillons blancs la Mer est inondée. Mahdéwa ! Fais flotter tes voiles sur les eaux Livre tes fleurs de pourpre au courant des ruisseaux : La neige du Cathay tombe sur l'Atlantique : Cependant la prêtresse au visage vermeil Est endormie encor sous l'Arche du Soleil : - Et rien n'a dérangé le sévère portique. ********************************* Gérard de NERVAL (1808-1855) (Recueil : Les chimères)

 

LA BALLADE des PROVERBES de VILLON

23:45, 04/22,2007
Tant plus est commune, et mains requise ; Tant crye l'on Noël qu'il vient.   Tant ayme on chien qu'on le nourrist ; Tant court chanson qu'elle est aprise ; Tant gard'on fruit qu'il se pourrist ; Tant bat on place qu'elle prise ; Tant tarde on que fault entriprise ; Tant se haste on que mal advient ; Tant embrasse on que chiet la prise ; Tant crye l'on Noël qu'il vient.   Tant raille on que plus n'en rit ; Tant despend on qu'on n'a chemise ; Tant est on franc que tout s'il frit ; Tant vault «tien » que chose promise ; Tant ayme on Dieu qu'on suyt l'eglise; Tant donne on qu'emprunter convient; Tant tourne vent qu'il chiet en bise; Tant crye l'on Noël qu'il vient.   Prince, tant vit fol qu'il s'avise, Tant va il qu'aprés il revient, Tant le mate on qu'il se ravise ; Tant crye l'on Noël qu'il vient. ************************* François Villon (1431-après 1463)        Poète français du Moyen Âge, auteur de la célèbre Ballade des pendus, qui est considéré comme l’un des pères de la poésie moderne.